26/05/2017

Resister avec Traits

Traits, Gallica, Chemins de Passage, Jean-Claude Croquet

 

Photo de la page 114 de "Chemins de passage : les passages clandestins entre la Haute-Savoie et la Suisse de 1940 à 1944" par Jean-Claude Croquet publié en 1996, disponible en libre accès sur Gallica. On peut y lire "Au revoir à nos amis" c'est le dernier numéro de la revue qui vous est ici montré.

Jean Descoullayes et François Lachenal fondent en 1944 la revue de résistance intellectuelle Traits qui accueille de nombreuses personnalités suisses (Louis Junod, Gilbert Trolliet notamment) et françaises (Pierre Seghers, Louis Aragon, Paul Eluard) et devra souvent faire face à la censure sévère qu'appliquait le conseiller d'État Antoine Vodoz (à la tête du Département de justice et police). Ceux qui publient dans Traits veulent exprimer leur volonté de défendre leur idéal de liberté et combattre le fascisme, la revue est en effet créée après la défaite française pour résister à la propagande de l’«Ordre Nouveau» d'Hitler en se mettant au service de la démocratie. Beaucoup des publications des poètes français contribuant à Traits ont transité par Vichy avant d'atteindre Genève.

Traits se montre plutôt socialiste au début de sa diffusion, puis, influencée par les avancées de l'armée rouge, elle manifestera des opinions ouvertement communistes (ce qui est intéressant puisque Domaine Russe est publié pendant l'avant-dernière année de Traits, ça n'est pas une coincidence) dans les deux dernières années.

Elle va être à la fois un organe de résistance, un moyen de contrer la censure (elle diffuse des extraits de la presse suisse et internationale appelée "documents") et une tribune pour dénoncer - souvent avec humour - la politique de la Suisse.

Traits va échapper à la censure grâce à la mise en place d'un mode de distribution discret : les numéros sont envoyés mensuellement sous pli à un nombre limité d'abonnés. La revue est également diffusée clandestinement en France. En 1945, la revue cesse d'exister.

 

 « Or, l'Europe entière devient démocratique, largement et profondément démocratique. La Suisse restera-t-elle à l'écart ? «Traits» répond : Non ! Et en se présentant pour la première fois sous sa forme nouvelle, il entend bien souligner qu'il reste ce qu'il a toujours été, dès ce mois d'octobre 1940 : la protestation de ceux qui, chez nous, ne veulent pas céder; l'élan fraternel vers tous les mouvements de résistance (et singulièrement de la Résistance française, parce que proche et toute frémissante de liberté) ; en un mot - l'organe de la Résistance intellectuelle romande.» - Signé «La Rédaction» (janvier 1945).

 

Sources : F. Bays, C. Corajoud, Edmond Gilliard et la vie culturelle romande, 2010, Chemins de passage : les passages clandestins entre la Haute-Savoie et la Suisse de 1940 à 1944 : [exposition itinérante réalisée à Gaillard en 1995] par Jean-Claude Croquet,la Salevienne, 1996 sur Gallica ou via http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb36960483m, http://www.gilbert-trolliet.ch/ACtraits et  http://www.unifr.ch/grhic/revues/collaborateur.php?id=54

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La personnalité de François Lachenal

 

François Lachenal

 Photo issue de la page 110 de "Chemins de passage : les passages clandestins entre la Haute-Savoie et la Suisse de 1940 à 1944" par Jean-Claude Croquet publié en 1996, disponible en libre accès sur Gallica. 

François Lachenal (1918-1997) - adepte des pseudonymes tels que J. Armand ou L.P Monlaur - est le fondateur de Traits (1940–1945) opposée à "l'ordre nouveau" prôné par Hitler. Il est aussi le cofondateur des Cahiers Vaudois avec Paul Budry et Charles-Ferdinand Ramuz. À la fin des années 1930 il fait la rencontre en Suisse de Pierre Seghers et Pierre Emmanuel avec qui il se lie. A la fin de l'année 1941 ils lui envoient chacun un poème (autour de l'assassinat des otages de Nantes et de Châteaubriant) que Traits donne sans signature, ce sont les premiers poèmes résistants anonymes à être publiés. Par ailleurs, Pierre Seghers est celui qui lui fait connaître entre autres Emmanuel Mounier, Loys Masson, André Frénaud et Alain Borne, ainsi qu'Elsa Triolet et Louis Aragon. (ces derniers ont traduit des poèmes présents dans Domaine Russe)

Il est nommé en 1942 attaché à la délégation de Suisse à Vichy (il y emménage le 21 novembre) qui doit augmenter ses effectifs depuis qu'elle représente, depuis l'occupation de la zone libre, les intérêts de la Grande-Bretagne, des États-Unis et de quantité de pays en guerre avec l'Allemagne. Cette nomination va se révéler capitale pour la diffusion des oeuvres littéraires de la résistance. En effet, François Lachenal fait suivre en France les recueils (dont ceux de Paul Eluard) édités en Suisse (notamment par les Cahiers du Rhône fondés en 1941 par Albert Béguin). Et à l'inverse, il ne cessera de passer en Suisse, dans ses bagages ou ceux de ses collègues diplomates, les manuscrits qui ne peuvent être édités en France. Ces manuscrits sont transportés à Genève et sont publiés dans Traits ou Les Trois Collines. Ainsi, la maison d'édition Les Trois Collines qui publie "Domaine Russe" a eu une destinée tout à fait signifiante. François Lachenal remplace Louis Junod à sa direction en 1943.  

 

 « Cette période fut, pour la Suisse, entre autres devoirs, l'occasion de prendre le relais de l'édition française — voire d'être un refuge — et, pour moi, de tirer pleinement profit de mon poste à Vichy en jouant au « porteur de valises », comme l'on disait déjà », note François Lachenal quarante années plus tard.

 

Sa mission en France terminée à l’octobre 1944, il se rend en Allemagne où il exerce la fonction d'attaché à la division des intérêts étrangers. A la fin de la guerre, il tente de sortir l’Allemagne de son isolement politique et culturel sans beaucoup de réussite. Par la suite, à partir de 1953, il siège dans le conseil de direction de la société pharmaceutique Boehringer Ingelheim où il fonde un festival d'art. Il est également très actif dans le monde de la musique contemporaine pendant cette période.

L'activité des Éditions des Trois Collines continue jusqu'en 1965, comme nous l'avons mentionné dans la note consacrée. Au total c'est un catalogue d'une cinquantaine de numéros de la revue Traits et d'une centaine de titres sous la marque des Trois Collines et À la Porte d'Ivoire qu'a constitué François Lachenal entre 1940 et 1965. Après cette date, ses publications sont plus espacées. L'ensemble de son oeuvre est révèle à quel point la liberté et à l'art lui tenaient à coeur.

En 1995, une exposition consacrée au parcours de la vie d'éditeur et le rôle de passeur que François Lachenal joua pendant la guerre est présentée Centre Culturel Suisse de Paris.

Sources pour en savoir plus

Chemins de passage : les passages clandestins entre la Haute-Savoie et la Suisse de 1940 à 1944" par Jean-Claude Croquet, 1996: http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65747141https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois_Lachenalhttp://www.imec-archives.com/fonds/les-trois-collines/ et http://www.unifr.ch/grhic/revues/collaborateur.php?id=54

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25/05/2017

Les fondateurs de la Maison d'édition : Jean Descoullayes et Louis Junod

jean descoullayes,louis junod,les trois collines, edmond Gilliard                          jean descoullayes,louis junod,les trois collines, edmond Gilliard

               Louis Junod                       Oeuvres Complètes de Edmond Gilliard

Jean Descoullayes (1903-1961) est le directeur littéraire de Domaine Russe et le fondateur, en 1935, des Editions les Trois Collines aux côtés de son ami Louis Junod (1906-1985). Ce dernier en est le directeur jusqu’en 1943 avant que François Lachenal prenne le relais. il collabore aussi aux revues Suisse romande qui devient en 1940 Suisse contemporaine, ainsi qu’à Traits qu'ont fondé les deux autres figures mentionnées dans cet article. (Voir article consacré à Traits (à venir))

Jean Descoullayes appartient à la mouvance intellectuelle d'Edmond Gilliard (1875-1969) dont il a suivi les cours. Les Trois Collines accueilleront d'ailleurs en 1965 ses Oeuvres Complètes. Cet enseignant de littérature française et de latin au Collège puis au Gymnase classique de Lausanne est un libéral convaincu et a été le maître à penser de toute une jeune génération d’intellectuels.

Jean Descoullayes collabore d'ailleurs à la revue littéraire et philosophique Présence avec Gilbert Trolliet, ancien élève d'Edmond Gilliard également, pendant un temps. En 1936, Jean Descoullayes succède à Émile Bonjour au Musée cantonal des Beaux-Arts. D'emblée le nouveau directeur fait le choix des artistes vivants et souvent Suisses et échange bon nombre des œuvres reçues contre des œuvres modernes. Cet essai moderne va être très mal accueilli et le conservateur accusé par La Revue de vivre dans une « atmosphère d'extrême gauche ». Par ailleurs, il sera congédié en 1950 pour avoir échangé une peinture inestimable de Degas contre le tableau d'un artiste régional beaucoup moins coté.

Sources: http://www.unifr.ch/grhic/revues/collaborateur.php?id=54https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Descoullayeshttps://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Junod et https://www.rts.ch/info/regions/vaud/8090608-le-musee-des...

21:23 | Tags : jean descoullayes, louis junod, les trois collines, edmond gilliard | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | | Pin it! |